Pourquoi l'analyse technique a-t-elle autant de
succès ?
Je vais commencer cet article en faisant une petite
démonstration.
Prenons le graphique en intraday de l'indice CAC 40 sur lequel
j'affiche des signaux de trading.
Chaque flèche rouge correspond un signal de vente
à
découvert, chaque flèche verte correspond un
signal
d'achat.
C'est donc une stratégie qui est toujours en position.
Quand on coupe une position dans un sens, c'est pour prendre une
position dans l'autre sens.

À partir de ce graphique, essayez de faire l'addition des
gains
et des pertes engendrées par l'ensemble de ces
opérations
sur le CAC 40.
Prenez quelques minutes pour cet exercice, les conclusions seront
très enrichissantes.
Commençons par le bord gauche de ce graphique.
Nous voyons très nettement que les premiers signaux
entraînent des pertes. Si la première
flèche verte
clôture une opération de vente à
découvert
qui nous fait perdre quelques points (je dirais 20 points au
jugé), l'ouverture en gap entre 5430 et 5320 le lendemain,
entraînent une perte de 110 points à vue
d’œil
sur cette opération d'achat.
L'opération suivante n'a pas plus de succès
puisque la
flèche verte est au-dessus de la flèche rouge.
Approximativement il semble que ce soit d'une trentaine de points, ce
qui porte à 160 points le total des pertes sur ses seules
trois
opérations.
En revanche ce nouvel achat (le lundi 5) est un grand succès
puisqu'il accompagne la remontée du marché
jusqu'à
plus de 5475 quelques jours plus tard. En une position nous avons
effacé les trois pertes précédentes.
Je vous invite donc à poursuivre l'exercice en
détaillant chaque phase de marché.
Pour cet article, je vais me concentrer sur les zones
générales sans rentrer dans le détail
de chaque
opération.
Commençons par le plus agréable : les gains. Nous
avons
donc ce premier gain important initié le lundi cinq, puis la
deuxième semaine nous sommes correctement
positionnés
à la vente à découvert lorsque le
marché
fait un gap important entre 5425 et 5350.
Cette semaine se termine bien puisque le 15 nous ouvrons une nouvelle
position à l'achat à 5350 que nous allons
conserver
plusieurs jours pendant toute la phase de hausse jusqu'au-dessus de
5575.
Parmi les gros gains, la dernière position avec un achat
à 5550 qui n'est pas encore clôturé
nous procure
également un gain substantiel.
En lisant ce graphique, à titre personnel, j'estime que ces
gains sont respectivement de 150 puits 90, puis 210 et enfin 80 points.
Cela nous donne un total de 530 points de gains forts dans cette
période.
Il y a d'autres gains, mais beaucoup plus difficile à
estimer car nettement plus faible.
Passons maintenant à ce qui est un petit peu plus difficile,
les pertes :
les opérations perdantes sont beaucoup plus petites que
celles
qui nous ont permis de gagner (sauf la toute première que
j'ai
déjà décrit).
Cependant il est quand même possible de faire une
approximation
assez précise de la situation grâce à
ce graphique.
Il y a trois zones observées, la première autour
de 5500
autour du lundi 12, puis il y a cinq signaux autour de 5325 autour du
15, et enfin autour du 26 un groupes de 12 signaux.
Dans le premier groupe (autour du 12) les deux premières
positions sont clairement perdantes, la troisième est un
gain,
il y ensuit de perte un nouveau gain et pour finir une nouvelle perte.
Si l'on additionne chaque opération avec l'estimation que
l'on
peut faire grâce à ce graphique, la
période se
solde clairement par une perte et de gain parmi ces
opérations
allège l'addition.
En bas (autour du 15) la situation est bien moins confortable et trois
positions sont clairement perdantes est l'écart entre les
flèches confirment des pertes assez fortes. Nous pouvons
imaginer que l'on a perdu à ce moment-là les
gains dont
nous avions profité lors du quatre entre 5425 et 5350.
Dernière phase (autour du 26) les trois premières
opérations sont des petits bien, puis il y a de perte, un
nouveau gain, et une situation difficile à observer si l'on
ne
peut pas dormir ce graphique pour les deux dernières
opérations. Globalement en commençant par trois
petits
gains, cette période a l'air de se solder probablement en
perte
mais par un total très faible.
Si j'additionne tout ça : on commence par des
pertes
substantielles, effacées par la grosse
accélération du 5 au 9. Puis nous avons une zone
de perte
assez forte probablement d'une centaine de points. Un nouveau gain
significatif grâce au gap, probablement effacé par
les
trois opérations proches des plus bas. Puis nous avons un
gain
très important à partir du 15 jusqu'aux 22, une
nouvelle
période légèrement perdante, avant
d'avoir un
nouveau gain solide dans la dernière opération
qui n'est
pas encore clôturée.
Jusqu'aux 19, j'ai donc isolé des périodes de
gains et
des périodes de perte qui se compensent, et il me reste une
perte d'une centaine de points. À partir de là,
j'ai un
gain très fort de plus de 200 points, une nouvelle
période légèrement perdante et encore
un gain d'au
moins 75 points qui est en cours. Sans tricher ni sans essayer
d'orienter l'exercice, on peut dire sans hésiter que la
totalité des signaux sur cette période conduisent
un gain
de quelques points pour les plus pessimistes à plus de 100
pour
les plus optimistes.
En se prêtant à cet exercice, on ne
fait rien
d'autre que
de reproduire le mécanisme et le comportement que nous avons
face à l'analyse technique. Nous examinons un graphique des
cours avec un ensemble de signaux sur une période
relativement
longue. Certains signaux sont positifs d'autres négatifs et
souvent dans des proportions différentes. Sans autre outil,
la
seule chose dont nous disposons pour nous faire un avis sur la
pertinence de cette analyse, c'est notre oeil et notre
capacité
d'analyse de ces éléments. Qu’il
s'agisse d'une
moyenne mobile, d’une droite de support, ou de tout autre
indicateur, il n'est pas possible d'atteindre une précision
supérieure à celle que nous avons vue dans cet
exercice.
La mauvaise nouvelle, c'est que l'ensemble des signaux pendant cette
période d’un mois sur le CAC 40, cumulent une
perte de 200
points.
La réalité est bien loin de ce que nous avons
observé. Même si nous avions eu une prudence
exagérée, la présence de quatre gains
très
important dans cette période pour un total de plus de 500
points
qui eux sont bien réels, ne nous laissait pas
présager un
total négatif et encore moins de cet ordre.
Quand on fait de l'analyse technique, on ne fait rien d'autre. On
retient surtout les situations les plus positives que l'on a tendance
en plus à magnifier. Et puis les mauvaises situations, celle
qui
nous aurait conduit à perdre de l'argent sur le
marché,
on a tendance à les minorer, voire à en ignorer
un
certain nombre. C'est tellement facile sur le papier de se dire, dans
la réalité j'aurai vu ça et je ne
serais pas
tombé dans ce piège.
En plus le piège ne s'arrête pas là.
Imaginez que j’ais commencé mon exercice par vous
dire que
sur les 12 mois qui ont précédé ce
mois de mars,
cette stratégie appliquée aux CAC 40 a
gagné plus
de 2000 points. Vous auriez probablement trouvé un total de
point gagné encore supérieur à celui
que nous
avons déterminé.
Et pourtant, c'est la réalité. Vous avez sous les
yeux
les signaux du mois de mars de la stratégie de Mister robot.
Après avoir gagné plus de 2000 points lors des 12
mois
précédents, la mauvaise gestion des trois phases
de
consolidation qui ont lié les
accélérations de ce
mois de mars 2007 sur le CAC 40, ont conduit cette stratégie
à rendre plus de 200 points de gain ce mois-ci.
En analyse technique, le piège est identique.
Il suffit
d'ouvrir
n'importe quel livre, de lire n'importe quelle analyse, et on vous
montre toujours ce qui marche et jamais ce qui ne marche pas. Le
raccourci est très rapide de se dire que les situations
où l'analyse technique fonctionne sont bien plus nombreuses
que
celles où ça ne fonctionne pas et donc que
l'analyse
technique apporte réellement un avantage pour anticiper
où va le marché.
À force de publicité positive, de
démonstration
à succès, même les plus sceptiques sont
forcés de donner un certain crédit à
l'analyse
technique.
Il est évident que dans ces conditions, lorsque l'on observe
une
analyse technique même en essayant d'être le plus
partial
possible l’œil humain, influencé par
notre optimisme
naturel et l'excellente presse faite à toutes ces
techniques,
nous ne pouvons pas mettre en doute les résultats
avancés
mais jamais prouvés.
Il est facile d'avancer le contre argument suivant :
l'homme est
tellement intelligent que lorsqu'il fait des analyses, il y a un
certain nombre d'éléments qu'on ne peut pas
expliquer
simplement avec des mathématiques ou de la programmation que
nous verrions et qui nous empêcherait de faire un certain
nombre
d'erreurs sur le marché.
Je réponds à cela que le trading, c'est
l'école de la discipline.
C'est aussi l'école des regrets : il y a toujours mieux
à
faire, on peut toujours acheter plus bas ou vendre plus haut. Et si ce
n'est pas le cas, c'est probablement parce que l'on n'a pas pris cette
position car on avait prévu d'acheter plus bas que
là ou
le marché est réellement allé.
En trading nous ne gagnerons qu'avec les positions que vous nous avons
vraiment prises (et c’est aussi avec celle là que
nous
perdrons). Jamais les positions que nous aurions prises et que nous
avons raté nous rendrons riche.
Qui ne s'est jamais dit : « à si
j'avais... ».
Face au marché, il n'y a qu'une seule
réalité :
celle des gains et des pertes sur les opérations que nous
avons
vraiment prises.
Il ne sert à rien de regarder le passé, nous ne
pourrons
jamais rattraper une position ou modifier un ordre une fois qu'il a
été exécuté.
La pertinence de l’analyse technique est
extrêmement
difficile à juger pour une raison majeure, c'est que nous
observons un graphique sur lequel est affiché le futur.
C'est-à-dire qu'à moins de mettre sa main pour
cacher la
partie droite du graphique, à partir du moment où
je l'ai
vu, ne serait-ce qu'une demi-seconde, notre esprit triche
déjà avec nos sentiments.
Alors qu'en conditions réelles de trading, au moment de
passer
un ordre, nous ne savons pas ce qui se passera dans la seconde, l'heure
où la semaine à venir sur le marché.
Conclusion :
Si l'analyse technique était vraiment tout ce qui
est écrit dans les
livres, ou aussi fructueuse que tous ces exemples à
succès que l'on met
en avant systématiquement, il devrait y avoir de nombreux
exemples de
traders à succès, et plus encore de
professionnels qui battent
régulièrement le marché et qui gagnent
quelles que soient les
conditions haussières ou baissières.
Il est difficile de
montrer que quelque chose ne fonctionne pas surtout quand la seule
chose que l'on lit partout ailleurs c'est que ça marche.
Demandez-vous plutôt, si ça marche si bien et
aussi
facilement, où sont les gagnants et pourquoi ils ne sont pas
plus nombreux ?
Je
suis un fervent défenseur de l'analyse technique et je suis
certain que
c'est l'une des seules solutions pour développer
à court terme un
trading gagnant.
Mais après 12 ans à faire ce métier,
je suis
souvent fatigué de lire partout à quel point
c'est facile et combien on
peut gagner facilement. Si ce petit exercice peut quelques instants au
moins vous faire douter de cette facilité, ca pourrait
être le premier
pas pour s’éloigner du camp de ceux qui sont
condamnés à perdre.
Dans
un monde où tout est dirigé par la
publicité et le marketing, si l'on
ne tient pas le même discours que tous les autres, on ne peut
pas
exister.
La seule différence, c'est que quelques professionnels
jouent pour leurs propres comptes chaque opération qu'ils
recommandent
et que dans ces cas là, on ne peut pas tricher avec ce
qu’on raconte ou
ce qu’on écrit.

