Il se dit que 95% des gens perdent de l’argent sur
leur compte bourse ! Vrai ou Faux ?
Par Samuel Rondot.
Quelle que soit la
vérité, elle est quasiment impossible
à vérifier.
Pourquoi ? Imaginez si c’était de
notoriété publique ! Comment les courtiers
feraient t’ils pour ouvrir chaque jour de nouveaux comptes ?
Comment pourrait t’il vous faire rêver ? Comment
pourriez vous vous prendre au jeu de la bourse ?
Les enjeux sont trop importants pour que cette rumeur, si elle est
vraie de prêt ou de loin, puissent être
confirmée par la profession.
Pourtant il y a un
certain nombre de fait que l’on ne doit pas ignorer :
Combien de professionnel battent le marché de
manière significative à long terme et de
manière régulière ?
Quasiment aucun.
Seuls quelques fond fermés au public affichent cette
régularité.
Alors bien sur on pourra opposer que c’est à cause
de leur taille et que le particulier lui n’a pas les
mêmes contraintes et que l’exercice est bien plus
évident.
Alors avant d’aller plus loin, il faut préciser ce
que s’est que gagner en bourse ou perdre en bourse.
Quand on évoque ces statistiques on parle bien sur de
trading actif. De celui ou celle qui sur son compte va essayer de
passer plusieurs ordres par mois pour dynamiser son portefeuille.
Car si on se contente d’acheter des titres à long
terme avec juste quelques ordres par an, la bourse décidera
pour nous de l’évolution du portefeuille.
Concentrons nous donc sur tous ceux qui passe plusieurs ordres par
mois.
Doit t’on dans ce cas comparer
l’évolution de leur portefeuille à
l’indice générale de la bourse ou bien
simplement par rapport à la valeur de son portefeuille au 31
décembre dernier ?
A mon avis et avec mon expérience, la statistique est
valable pour les 2 camps avec leurs particularités :
Si on parle d’une technique de gestion qui a pour objectif de
battre l’indice, on va donc comparer la performance a cet
indice. Et là, je suis convaincu que 95% de ceux qui
essaient n’y arrive pas.
Si on parle de celui qui cherche une performance absolue quelle que
soit la performance des marchés, alors pour cela,
l’échec sera de terminer en gagnant moins
d’argent qu’un produit sans risque. Et
là encore, je n’ai aucun doute que la rumeur est
vraie pour cette catégorie.
Il se dit donc que 95 %
des gens qui font du trading dynamique ne seraient pas capables de
battre l'indice sur une période suffisamment significative
ou alors ne seraient pas capables de produire un rendement
supérieur à 5 % chaque année.
Impossible vous allez me dire, et pourtant un certain nombre de pistes
permettent de confirmer la rumeur :
Prenons d'abord les rares
études universitaires qui se sont
penchées sur ce problème et qui ont eu portes
ouvertes chez des courtiers. Cela se passait dans les années
90 aux États-Unis notamment. Ces études
là ne portaient que sur des gens qui géraient un
portefeuille actions en passant au moins 20 ou 30 ordres par an. Le
critère n'était pas tout à fait celui
du trading dynamique. Cependant les rares études qui ont
été publiées ont confirmé
que plus de 90 % des
gens étaient incapables de faire mieux que l'indice
général de la bourse.
Une étude avait même été
mise à jour quelques années plus tard et avait
révélé que parmi les 10 % de personnes
qui avaient fait mieux cette année-là, quasiment
aucun n'avait réussi à reproduire l'exploit les
années suivantes.
Plus proche de nous prenons les performances
réalisées lors des différents concours de
bourse. Depuis cette année, Zonebourse a mis en
place un concours réel de gestion de portefeuille. Le
résultat est d'autant plus intéressant que sur la
période de ce concours, le marché a
été relativement compliqué alternant
phases de hausse puis de baisse pour une performance globale proche de
zéro. Ajoutons que vu l’ampleur des prix avec plus
de 20 000 euros distribués aux vainqueurs chaque mois, la
crème des traders boursiers sur actions
françaises sont tous intéressés par un
tel challenge et que nous devrions avoir un vrai panel de
spécialiste.
Sur une durée maintenant significative puisque le concours a
près de 1 an, l'étude de la performance globale
de tous les joueurs confirme que
plus de 90 % ont une performance négative.
Autre piste d'information, j'ai la chance de faire ce métier
depuis suffisamment longtemps pour avoir rencontré des
personnes qui ont travaillé
pour des courtiers et qui ont depuis quitté le
métier. Ces gens-là n'ont donc pas beaucoup de
résistance à parler de leur expérience
et non surtout aucun intérêt à embellir
ou à dramatiser la situation.
Parmi ceux qui travaillaient pour des courtiers action, ils confirment
que si on ne considère que ceux qui gèrent
activement leur portefeuille, plus ils passent d'ordre moins ils ont de
chances d'avoir une performance intéressante. Il
n'hésite pas à confirmer que pour ceux qui
passent plus de 10 ordres par mois le chiffre de 95 % de perdant leur
paraît même optimiste.
Pour ceux qui travaillaient pour des courtiers sur marchés
dérivés, la sentence est encore plus
sévère. Non seulement les personnes qui gagnent
sont extrêmement rares mais en plus ce sont souvent les
mêmes depuis plusieurs années. Ils confirment que
la durée de vie d'un compte sur les marchés
dérivés se calcule souvent en semaine.
Quelle que soit l'origine
de l'information, la raison évoquée pour
expliquer ces échecs est toujours la même : trop
de risques, trop d’ordres, pas assez de discipline.
Le processus est toujours le même, pour que cette
activité soit à la hauteur de leurs espoirs en
termes de rémunération, comme la plupart n'ont
pas les moyens d'alimenter suffisamment leurs comptes, ils augmentent
la prise de risque et à partir de là, ce n'est
qu'une question de temps avant qu'un accident ne les
précipite invariablement vers l'échec ou pire la
ruine de leurs comptes.
De plus, comme si ce n'était pas assez
préoccupant que seul 5 % des gens gagnent en bourse, il y a
un phénomène que l'on oublie souvent lorsque l'on
parle de ce chiffre. C'est
ce que l'on appelle le biais du survivant.
À votre avis, quelle est la probabilité que
quelqu'un qui a su gagner significativement l'année
dernière perde cette année ? et quelle est la
probabilité que quelqu'un qui a perdue nettement
l'année dernière se mette à gagner
cette année ? On est bien d'accord, c'est relativement
faible.
Les concours, les études ou les discussions avec des
courtiers qui acceptent de parler le confirme, ceux qui
gagnent, gagnent depuis des années, alors que ceux qui
perdent disparaissent après quelques mois et sont
constamment remplacés par des nouveaux venus.
La probabilité de rejoindre le camp des 5 % de gagnant est
donc encore plus faible que ce que l'on pense puisque ce camp
correspond à un cercle très fermé.
Si aussi peu de personnes
gagnent en bourse alors pourquoi faire du trading dynamique ?
La plupart du temps, on fait du trading dynamique par passion, par
curiosité intellectuelle. Si c'est le cas en
étant conscient de la réalité, il va
être possible d'éviter un certain nombre de
pièges et de faire durer cette passion le plus longtemps
possible dans des conditions sécurisées.
En revanche, si on fait du trading dynamique pour s'enrichir, et
malheureusement c'est souvent le cas des plus petits portefeuilles
puisque c'est justement l'espoir de s'enrichir qui les a
amené sur le marché, il y a fort à
parier qu’ils tomberont dans le même
piège immuable et que les prises de risques finiront par les
faire tomber.
Faut-il pour autant ne pas faire de trading dynamique ? Bien au
contraire, puisqu'il y a des élus et qu'avant de
démarrer on ne peut pas savoir si on en fera partie ou pas.
Si ces chiffres sont
vrais qu'elle est mon intérêt à moi,
vendeur de conseils boursiers, de rédiger un tel article ?
Les mécanismes de la vente sont assez simples et bien
connus. Faite rêver les gens, promettez leurs des solutions
et vous vendrez. Dites-leur une vérité trop crue
ou des choses qu'ils n'ont surtout pas envie d'accepter et vous ne
vendrez pas.
Pourtant, je suis depuis longtemps convaincu qu'il existe une
troisième voie qui est celle de la conviction et de la
vérité. Depuis 1995 je fais mon métier
avec sérieux et surtout je n'ai jamais essayé
d'embellir la situation juste pour faciliter des ventes.
Je crois au contraire que dans notre métier il y a trop
(où il n'y a que) des vendeurs de rêve, de
marketing et de publicité et qu'il y a la place justement
pour séduire un public de gens qui sont à la recherche d'un discours
sérieux et surtout validé.
C'est la raison pour laquelle tout mon travail est basé
uniquement sur des modèles mathématiques dont
j'ai pu tester sur des durées suffisamment longues qu'ils
apportaient un réel avantage sur le marché dans
des conditions réelles d'exploitation.
En conséquence je ne me place pas du tout comme un vendeur
de conseils boursiers mais comme un vendeur de signaux de trading
Bien entendu, cela rapporte beaucoup moins que de promettre richesse,
bonheur sans avoir travaillé ni faire d'efforts, mais cela
me permet de regarder avec fierté le chemin que j'ai
parcouru et d'assumer tout mon parcours y compris en sachant
reconnaître que j'ai parfois pu me tromper dans ma
quête de la véritable performance.

